Le sarcophage en Égypte

Au début de la période historique autour de 3000 av J.-C., on commence à utiliser pour les funérailles des «récipients» qui sont, si l’on peut dire, les ancêtres des premiers sarcophages. Ce sont des caisses, des paniers ou même de grands pots de terre  contenant habituellement nourriture ou bière, dans lesquels le corps repose en position recroquevillée. Puis, ce type de matériel va évoluer vers le sarcophage proprement dit, qui, à partir de l’âge des pyramides, s’agrandit pour accueillir un corps allongé.

le sable chaud du désert  desséchait naturellement le corps sarcophage en granit de Khéops

Il est à remarquer que c’est le recours au sarcophage qui va amener le besoin de conserver artificiellement le corps par la momification. Alors que le sable chaud du désert  desséchait naturellement le corps, celui-ci placé au contact de l’air dans le sarcophage subira un processus de décomposition.
Le sarcophage proprement dit apparaît à l’Ancien Empire.
Ce mot désigne aussi bien la cuve extérieure que le (ou les) cercueils(s) généralement en bois destiné(s) à contenir un cadavre. La cuve peut être rectangulaire avec couvercle plat ou voûté, ou imiter la forme du corps, on l’appelle alors sarcophage momiforme ou anthropoïde.
Sa  matière peut être très variée: en pierre (calcaire, albâtre, granit, basalte, quartzite... etc.), en bois, plaquée d’or et  pierres semi-précieuses, en argent, en or. L’or était réservé aux roi, mais les riches particuliers tentaient eux aussi de l’utiliser.
La cuve extérieure de grande taille était placée dans le caveau lors de sa construction et c’est au moment  des funérailles que l’on apportait le corps dans son cercueil.
Les cuves rectangulaires de l’Ancien Empire sont parfois dépourvues d’ornementation.

 

Le sarcophage en granit de Khéops ne possède aucune décoration.
Celui de Mykérinos, malheureusement perdu en mer au large du Portugal, était un magnifique sarcophage en basalte sans inscriptions, mais orné d’un décor dit: «en façade de palais» en usage à cette époque pour plus d’un sarcophage privé.
En exemple, nous avons le sarcophage de Rawer en calcaire peint, Ve dynastie. Les murs du décor tout à redans surmontés de parties ajourées, ornées d’oboles de papyrus opposées. Le linteau de la porte centrale est muni d’une pièce cylindrique qui servait à enrouler le store fermant l’entrée
.1 (redan: terme du lexique archéologique de l’Égypte antique qui désigne le mode de construction des murs de briques ou de pierres, dans lesquels les faces extérieures présentent une succession de saillies et de retraits, évoquant des encadrements successifs de portes emboîtées et aveugles.)

décor tout à redansdécor tout à redans

Ces sarcophages sont bien l’image de la maison, habitation éternelle du défunt.
A l’intérieur de ces cuves un cercueil en bois, parfois plaqué d’or, renfermait la momie.
Bien sûr, tous les sarcophages n’étaient pas aussi somptueux.

Les fouilles de Schiaparelli à Gebelin ont fourni au Musée de Turin un tombeau de particuliers anépigraphe daté de la fin de la Ve dynastie.
Dans trois chambres funéraires étaient déposés cinq sarcophages. L’un en pierre contenait un corps enveloppé de bandelettes (l’une des plus anciennes momies conservées).
Les autres sarcophages étaient en bois. Le premier, en bois de cèdre avec couvercle en voûte, était contenu dans un autre fait de grosses planches à peine dégrossies jointes entre elles par des liens de cuir. Un autre était formé d’un tronc d’arbre creusé assez grossièrement.

Textes des Pyramides de Tétisarcophage

D’autre part, à la fin de l’Ancien Empire,  de courtes inscriptions apparaissent sur les parois des sarcophages de notables. Ces textes que l’on appellera «Textes des Sarcophages» reproduisent certains passages des «Textes des Pyramides» auxquels s’ajoutent des éléments appartenant à des croyances locales ainsi que des préoccupations plus terre à terre. Au début du Nouvel Empire ces écrits réorganisés seront à l’origine de la plupart des formules du «Livre des Morts».  
A la Ve et VIe dynastie, apparaît une technique d’enveloppement du corps, qui préfigure d’une certaine manière celle du cartonnage. Sur le corps enveloppé dans les bandelettes était coulé du plâtre qui recouvrait la face antérieure et les côtés. Cette technique était réalisée tantôt sur le corps entier, tantôt seulement pour la tête.2
Au Moyen Empire, une bande de hiéroglyphes est quelquefois gravée sur la pierre. Mais depuis la première période intermédiaire, beaucoup de caisses extérieures sont en bois.
Les deux cercueils emboîtés l’un dans l’autre s’ornent d’inscriptions et de compositions funéraires (dont le «Texte des Sarcophages») ainsi que de listes d’offrandes qui étaient auparavant gravées sur les murs de la tombe.
On prend conscience de l’isolement de la momie dans sa double enveloppe, alors on peint sur la face extérieure gauche de la cuve au niveau de la tête du défunt, celui-ci étant couché sur le côté, deux yeux pour lui permettre de voir au dehors. Sous les yeux, une fausse porte afin que le «» puisse quitter le corps quand il en a envie. C’est grâce à son «Bâ» qu’un mort peut aller et venir dans, mais aussi hors de sa tombe et c’est toujours grâce à son «» qu’il peut animer la statue funéraire.
Le sarcophage du Général Sépi donne un exemple de décoration intérieure de cette époque.
Frise d’objets nécessaires à la vie dans l’au-delà : aliments, armes, bijoux, pièces de vêtements, pots d’onguents, d’huiles parfumées, sachet de fard vert, disposés sur deux tables et identifiés par une ligne de texte.
La moitié inférieure du panneau porte des chapitres des «Textes des Sarcophages». Ce sont de longues formules écrites en hiéroglyphes cursifs, disposés en colonnes souvent munies de titres (formules d’entrer dans le Bel Occident, transformation en crocodile... etc.). Ces formules donnent des indications sur l’au-delà, ainsi que sur tout ce qui est nécessaire au défunt pour y vivre.
Ces textes ne sont pas réservés aux rois, mais apparemment destinés à tous.
Sur le fond de la cuve, le «Livre des deux chemins», véritable «carte» de l’autre monde.
A la XVIIe dynastie, sous le règne des princes Antef, on voit apparaître des types de sarcophages anthropomorphes ayant sur le dessus la représentation de la déesse vautour Nekhbet, protégeant le mort de ses deux ailes étendues, on les appellera les «emplumés». Ces sarcophages ne sont plus des cercueils intérieurs; ils reflètent une nouvelle coutume, le mort n’est plus couché sur le côté, mais sur le dos. Ce type devient la règle.
Avec le Nouvel Empire s’accroît la richesse de la décoration et l’on voit apparaître à la tête et au pied du cercueil, entourant le mort de leurs ailes, les déesses protectrices Isis et Nephthys. C’est surtout de cette époque que datent les cercueils anthropoïdes. Ils sont maintenant au nombre de trois épousant étroitement la forme du cadavre emmailloté. Les véritables gaines de momies sont recouvertes d’or (Toutankhamon) ou plus simplement vernissées. Elles sont faites de bois, d’épaisseurs de papyrus collés ou d’étoffes imprégnées de stuc.
Ces caisses momiformes sont, le plus souvent, de grande taille et sont contenues dans des cuves de pierre plus gigantesques encore, mais toujours parallélépipédiques.

Faisons une incursion dans la Vallée des Rois, nécropole des rois de la XVIIIe, XIXe et XXe dynasties.
A la XVIIIe dynastie, la plupart des sarcophages royaux parallélépipédiques sont en quartzite rose ornés de reliefs et textes peints en bleu (résurrection) et jaune (divinité et incorruptibilité).

Amenhopet II

On peut ainsi admirer dans leurs tombes les cuves de Thoutmosis III, Amenhopet II (seul pharaon, avec Toutankhamon, que l’on retrouvera dans son sarcophage d’origine), Thoutmosis IV... etc. En effet, la plupart de ces puissants souverains dont les tombes étaient soumises au pillage, furent re-enterrés à la sauvette, à l’intérieur d’humbles sarcophages de bois, dans une cachette connue des seuls prêtres.
Sous le règne de Thoutmosis IV, les sarcophages royaux adoptent la même décoration que ceux des particuliers, des bandes imitant les bandelettes des momies entouraient les côtés et le couvercle, délimitant ainsi des espaces pour les représentations divines.  

cuve en quartzite rosecuve en quartzite rose

Avec la découverte de la tombe de Toutankhamon, on put enfin se rendre compte de ce que représentait en somptuosité l’inhumation d’un souverain égyptien.
Dans l’habituelle cuve en quartzite rose, recouverte d’inscriptions et ornée à chacun de ses angles d’une très belle image en haut relief d’une déesse étendant, en un signe protecteur, ses bras ailés, trois sarcophages momiformes étaient emboîtés.  

 cuve en quartzite rose et le premier cercueil

Le premier est à l’image d’Osiris, mains croisées sur la poitrine, entouré des bras emplumés d’Isis et Nephthys.
Le deuxième est également plaqué d’or et couvert d’incrustations de pâte de verre et entouré des ailes tendues de Nekhbet et Ouadjet.  

Le deuxième cercueil Le deuxième cercueil Le deuxième cercueil
Le deuxième cercueil est long de 2,04m, le bois dont il est fait n'a pas encore été identifié. 

 

Toute la surface du cercueil est recouverte d'une feuille d'or.
Le deuxième cercueil Le deuxième cercueil Le deuxième cercueil
Le deuxième cercueil.
Le deuxième cercueil
Le deuxième cercueil.
Le troisième sarcophage est en or massif
Le troisième sarcophage est en or massif entouré des ailes tendues de Nekhbet et Ouadjet.  
Le troisième sarcophage est en or massif Le troisième sarcophage est en or massif Le troisième sarcophage est en or massif
Le troisième sarcophage est en or massif avec les quatre déesses autour du corps du roi défunt.  
Le troisième sarcophage est en or massif Le troisième sarcophage est en or massif Le troisième sarcophage est en or massif
Le troisième sarcophage est en or massif.

Certaines cuves ont été enlevées de leurs tombes pour enrichir les musées étrangers où, contrairement au sort réservé à celle de Mykérinos, elles sont bien parvenues, mais parfois séparées de leurs couvercles qui sont hébergés dans d’autres musées, quand ils n’ont pas été détruits par les voleurs.
Ces cuves, pour la plupart, ont été récupérées lors de campagnes de fouilles à l’époque où rien n’avait encore été fait pour la sauvegarde des antiquités dans leur propre pays. 

Sarcophage de Ramsès III au Musèe du LouvreSarcophage de Ramsès III au Musèe du Louvre

C’est entre autres le cas des sarcophages de Séthi Ier et Ramsès III, faisant partie de la collection Salt.
Henri Salt, consul d’Égypte, fouillait pour son propre compte, aidé par Belzoni, et il avait constitué de belles collections qu’il vendait au plus offrant.
En Égypte, les animaux sacrés bénéficient aussi à leur mort de la momification et peuvent donc être conservés dans des sarcophages à leur taille. Le plus souvent, ce sont des boîtes reprenant plus ou moins grossièrement la silhouette de l’animal. La plupart sont en bois et ne portent pas d’inscription.  

sarcophage de chattesarcophage de chatte

Mais le musée du Caire possède un sarcophage de chatte digne de figurer sous cette rubrique. Datant de la XVIIIe dynastie, il provient de Memphis.
Il est doublement remarquable, car il est en calcaire et couvert de textes et représentations. Il a l’aspect d’un coffre à canopes. Le maître de la chatte serait un prince Thoutmosis, fils d’Amenhopet III, qui dût aimer très fort son animal familier pour lui offrir un si beau cercueil.
Toutes les représentations habituelles figurent sur le sarcophage, les déesses Isis et Nephthys représentées agenouillées sur le signe de l’or. Quatre colonnes de texte, gravées à cheval sur le couvercle et la cuve mentionnent les quatre fils d’Horus. A leur protection s’ajoute celle de Nout.
3  

Enfin, dans le domaine du colossal, on ne peut passer sous silence la nécropole des taureaux Apis à Saqqarah, découverte par Mariette le 12 novembre 1851.
Là, des chambres disposées en quinconce, le long d’un couloir souterrain, contiennent vingt-quatre énormes sarcophages monolithiques. Ils sont en granit rose, basalte ou calcaire, hélas vides depuis longtemps. Leurs dimensions sont cyclopéennes: 4 à 5 mètres de long, 3 à 4 mètres de haut, 2 à 3 mètres de large. 

Le poids de l’un d’eux, muni de son couvercle, a été évalué à 69 tonnes. Ils sont sans inscriptions, à l’exception de trois qui portent les noms d’Amisis, Cambyse et d’un «obscur» Khababach. Cette nécropole a été utilisée du Nouvel Empire à l’époque ptolémaïque.  

La suite du déblaiement a permis de mettre au jour dans un autre niveau, un souterrain plus petit, aux chambres mal creusées, mais dans lesquelles on trouva vingt-huit momies d’Apis. Elles reposaient dans leurs sarcophages de bois. Le corps du prince Khaemouaset, fils de Ramsès II, grand prêtre de Ptah qui avait les Apis pour emblème, reposait lui aussi dans le souterrain. Les taureaux étaient richement dotés de bijoux et d’amulettes... et excepté deux tombes d’Apis intactes, toutes les autres avaient été pillées.  

Le Nouvel Empire se termine, nous entrons dans la troisième période intermédiaire qui est parfois rattachée à la Basse Époque, avec la XXIe dynastie. A partir de cette dynastie, il y a une évolution parallèle de la tombe et du sarcophage. 

Livre des MortsSarcophages

La décoration de la tombe disparaît et passe sur le sarcophage qui sert également de support au «Livre des Morts», issu des «Textes des Sarcophages». Des livres entiers avec leurs vignettes sont gravés sur les parois d ’énormes cuves de pierre. C’est aussi le début de l’émiettement du pouvoir. A cette période, l’Égypte est partagée entre des rois à Tanis et des rois prêtres d’Amon à Thèbes.  

 Psousennès Ier Psousennès Ier

 A Tanis, capitale de la XXIe dynastie, l’égyptologue français Pierre Montet en 1939-40 découvrit entre autres trésors la tombe de Psousennès Ier.
Le roi  reposait dans trois sarcophages.
- Le premier usurpé est en granit rouge. Ce sarcophage avait été utilisé 170 ans plus tôt pour les funérailles de Merenptah, le successeur de Ramsès II.
- Le deuxième sarcophage momiforme en granit noir était destiné primitivement à un noble de la XIXe dynastie qui n’a pu être identifié.
- Le troisième est en argent massif. Il renfermait la momie qui portait un masque funéraire en or.
Le couvercle du sarcophage en argent massif représente le roi, visage souriant, corps serré dans un maillot de bandelettes, bras croisés sur la poitrine tenant les sceptres royaux. Pas d’incrustations de pierres ou de pâtes de verre, tout le décor est gravé dans l’argent. Deux colonnes de textes descendent jusqu’aux pieds. C’est un double appel du roi à sa «mère Nout» pour qu’elle étende ses ailes sur lui.

 sarcophage d’argent en forme de momie de faucon sarcophage d’argent en forme de momie de faucon

Le roi Chéchonq Ier, enterré dans le vestibule de la tombe de Psousennès, reposait dans un étrange sarcophage d’argent en forme de momie de faucon.  

sarcophage de Pétosiris sarcophage de Pétosiris

Avec le sarcophage de Pétosiris nous entrons dans l’époque ptolémaïque.
Pétosiris était grand prêtre de Thot avant la conquête d’Alexandre. Son sarcophage a été trouvé à Tourna el- Gebel, nécropole de l’ancienne Hermopolis..
Dans une lourde cuve de pierre, deux cercueils étaient emboîtés. Le premier était en sycomore, recouvert de stuc jaune et tout pourri. Le deuxième en bois de pin sombre intact et très bien travaillé. Il avait «la magnificence d’un cercueil de roi» dit G. Lefebvre qui dégagea la tombe.
Son couvercle momiforme porte sous un signe de ciel de couleur lapis, cinq longues colonnes de hiéroglyphes aux couleurs d’autant plus éclatantes que le fond patiné est presque noir.

sarcophage de Pétosiris sarcophage de Pétosiris

On pourrait croire à des incrustations de pierres semi-précieuses de toutes sortes, mais il s’agit seulement d’éléments de verre coloré, utilisés selon les conventions habituelles et imitant lapis-lazuli, cornaline, jaspe, ivoire, émeraude.

Mais plus on va s’acheminer vers la fin de l’histoire égyptienne les sarcophages vont privilégier la décoration au détriment des hiéroglyphes.
Comme nous l’avons vu, ce type de sépulture avec plus ou moins de variantes, s’est poursuivi de l’aube de l’histoire égyptienne à l’époque tardive et ensuite à l’époque grecque et romaine, pour le plus grand bonheur des amoureux de cette civilisation.

Et pour terminer - si nous rêvions un peu - à quand la découverte du tombeau d’Alexandre ?

Pour l’Égyptien, le sarcophage représente une maison, la maison dans laquelle il va vivre une vie nouvelle et si possible entouré du mobilier et des objets qui lui appartiennent. Cette habitation est à l’image du monde dans lequel il a vécu, le couvercle représente le ciel, le fond du sarcophage représente la terre et les quatre planches latérales figurent les quatre horizons.
Le sarcophage est en principe orienté.
Le panneau Nord est en relation avec les déesses Nephthys et Neit, le panneau Sud avec Isis et la déesse scorpion Selkit.
Le mort était couché tête au Nord, le visage regardant vers l’Est. Cette coutume fut par la suite abandonnée et le défunt se retrouva couché sur le dos.
Ainsi, le mort qui est un Osiris se trouve entouré des membres de sa famille tout en regardant vers le lieu où se lève le soleil. Les décorations intérieures et extérieures des sarcophages évolueront avec le temps ainsi que les textes.

A ce jour, 1185 textes ont été recensés. Ils sont inscrits presque uniquement en colonnes verticales et à l’encre noire. L’intitulé des colonnes est souvent écrit à l’encre rouge. Certains textes et certaines scènes se retrouvent dans toutes les régions d’Égypte, d’autres uniquement réservés à une contrée.
Le texte 395 raconte la «solarisation» du mort, le 225 rend au mort l’intégrité de son corps et l’usage de tout ce qui lui est indispensable. Les textes 154 à 169 affirment la connaissance par le mort des mystères des lieus saints et de leur âme «Bâ». D’autres sont de véritables chapitres alimentaires et doivent permettre au mort de participer aux nourritures divines.
Les chapitres couvrant les sarcophages se décomposent en différents schémas.
Certains chapitres sont une invocation du mort pour la restitution de ses fonctions corporelles. D’autres sont pour l’ouverture du couvercle afin de s’élever au ciel dans sa sortie au jour. D'autres donnent la possibilité de sortir par la fausse porte pour prendre la nourriture déposée sur la table d’offrande. On y trouve aussi la campagne des félicités, sorte de Champs Elysées où le mort a tout à sa disposition.
Un deuxième schéma comprend les formules mentionnant le jugement des morts devant le tribunal de l’au-delà. Ces formules ont pour objet de proclamer la victoire sur les ennemis, victoire considérée comme permanente et définitive. Il y a ensuite des formules de libations en l’honneur du mort, des formules de purification et de glorification qui doivent laver et rajeunir le mort en prélude au réveil.
Le mort est représenté comme étant Osiris se levant comme un soleil. Il est identifié au créateur à qui tout appartient. Il est devenu un dieu parmi les dieux. Il a échappé à toutes les embûches, même les plus redoutables et doit montrer qu’il connaît tous les éléments, donc qu’il a été initié puisqu’il est à présent d’essence divine.
Même si certains textes sont obscurs à notre entendement, l’ensemble fait apparaître le triomphe de la Vie sur la Mort. Les formules des textes commencent le plus souvent par «dire (prononcer) les paroles». Ces introductions aux formules (présentes sur le sarcophage du Muséum) donnent aux «textes» une notion d’oralité beaucoup plus importante que la notion de lecture silencieuse.
Monsieur Bernard Mathieu, Maître de conférence en égyptologie, Directeur de l'I.F.A.O, dans la revue trimestrielle (N°12) Égypte, Afrique et Orient du Centre Vauclusien d’égyptologie4 donne une très bonne définition des «Textes des Pyramides», définition qui reste valable pour les «Textes des Sarcophages».

            «Dans cette abondance de formules imprécatoires, rituelles, prescriptives, il n’y a guère de place pour l’écrit: c’est l’univers sonore de l’oralité et non celui, silencieux, du scriptural. Il s’agit d’entendre, et non de lire, comme le souligne l’introduction de chaque formule : prononcer les paroles. Pour résumer, si l’on peut légitimement douter que le terme de «Pyramides», dans la désignation «Textes des Pyramides», soit bien adéquat, il faut avouer que celui de «Textes»  est encore moins opportun. Cette dernière constatation n’est pas anodine, car on n’aborde pas un texte comme une parole, l’écrit comme l’oral: le premier ne se développe que sur deux dimensions, tandis que le second emplit un volume».      

Le mort est identifié à Osiris, à Rê, il s’assimile au Soleil qui revit chaque matin, ce qui est un gage de vie pour des millions d’années.
L’Égyptien voyait l’expression même de la divinité dans les phénomènes naturels, toutes les forces de la nature soumises à un rythme éternellement renouvelé dont on ne concevait pas d’arrêt si l’ordre et la règle étaient respectés et si l’harmonie était maintenue.
5

L’Égyptien employa différents mots pour écrire cet habitacle qui devait renfermer son corps.
Nous en citerons trois qui résument en partie tout ce qui vient d’être dit.

              Le déterminatif de ce mot dj.t, que nous traduisons par sarcophage, représente une branche ramifiée.  Il est également employé dans les noms d’objets en bois. Le genre de ce mot est féminin.
Dans la bibliographie d’Ouni, fonctionnaire des Pharaons Téti, Pépi Ier et Mérenré (VIe dynastie), le nom désignant le cercueil lui donne toute sa valeur symbolique:

                        «Ma majesté m’envoya à Ibhat pour transporter le cercueil des vivants (qui est) seigneur de la vie, avec son couvercle...»

Ouni tailla le sarcophage destiné au Pharaon Mérenré dans les carrières de Nubie, ce sarcophage fut retrouvé entier dans la Pyramide de Mérenré à Saqqarah. Donc ici le sarcophage est appelé: nb-ankh, «Seigneur de vie».

Prés de la pyramide de Téti (VIe dynastie) à Saqqarah se trouve le mastaba «d’Ankhmahor dont le nom est Zézi». Sur son cercueil Zézi y fit inscrire des textes et l’une de ces lignes dit:

                        "...vous placez pour moi ce couvercle de ce cercueil sur ma mère du mieux que vous pouvez comme ce qui doit être accompli par vous (pour) un esprit capable..."6

Ici la cuve du cercueil est considérée comme la mère du défunt. Cette même formule est inscrite sur le cercueil de Khentika, fonctionnaire important de Pépi Ier, cercueil retrouvé dans le mastaba de Khentika dit Ikhekhi.

Trois noms, trois dénominations pour un même objet :

            - il est seigneur (maître) de vie    

            - il est aussi la mère, celle qui donne la vie

            - le troisième terme -dj.t- de genre féminin possède le déterminatif d’une branche de bois.

Au Moyen Empire le sarcophage est assimilé à la barque puisque ses longs côtés Ouest et est sont appelés respectivement parois de «bâbord» et de «tribord». Cette appellation est à mettre en rapport avec la mort d’Osiris et l’inondation qui «noie» la terre d’Égypte.7
L’étymologie du mot sarcophage vient du grec «sarkophagos», nom d’une pierre avec laquelle on fabriquait des cercueils parce qu’elle avait la propriété de consumer rapidement la chair. Il y a fort à parier que cette traduction ne conviendrait pas aux anciens égyptiens, tellement elle est à l’opposée de l’idée qu’ils se faisaient de cet objet.   

1 François DAUMAS. La civilisation de l’Égypte Pharaonique. Éditions Arthau.

2 Françoise DUNAND et Roger LICHTENBERG. Les momies et la mort en Égypte. Éditions Errance.

3 Jean-Pierre CORTEGGIANI. L’Égypte des Pharaons. Éditions Hachette

4 Bernard MATHIEU. Égypte, Afrique et Orient N°12. Centre Vauclusien d’Égyptologie

5 Paul BARGUET. Les textes des sarcophages. Éditions du Cerf.
Toutes les références au « Livre des Morts » et aux «Textes des Sarcophages» sont tirées des traductions de Paul Barguet éditées aux Éditions du Cerf.

6 Alessandro ROCCATI. La littérature historique sous l’Ancien Empire. Éditions du Cerf.

7 Nadine GUILHOU. Égypte, Afrique et Orient N°10. Centre Vauclusien d’Égyptologie